Anne Hidalgo donnera aux Parisiens la possibilité de choisir 200 lieux de végétation locaux et de mettre en place un budget participatif.
Notre association voit dans le mur pignon en face de la place d’Alban Satragne une véritable opportunité de transformation urbaine.
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Ce vestige nu, héritage de la démolition de l’ancienne prison de Saint-Lazare, reste désespérément gris et sans vie. Il s’élève au 109, rue du Faubourg Saint-Denis, propriété de l’Hôtel Mercure (Groupe Accor), juste à côté de la poste et de la future médiathèque qui doit injecter une nouvelle dynamique culturelle dans le 10e arrondissement.
Ce mur, pourtant chargé d’histoire, n’a pas dit son dernier mot : il pourrait devenir un repère végétal, un souffle de verdure là où l’espace manque et où la densité humaine ne faiblit pas. La place Alban Satragne, déjà très fréquentée, gagnera encore en affluence avec l’ouverture prochaine de la médiathèque. Tout pousse à croire qu’une vigne vierge, à l’image de celle qui habille le collège Lucie Aubrac (62, rue de la Fontaine au Roi), métamorphoserait ce fragment du passé en îlot de fraîcheur et de beauté, une denrée rare dans nos rues.
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L’installation d’une plante grimpante sur ce mur ne relève ni de la prouesse technique ni de l’investissement lourd. Un exemple convaincant : chaque automne, la façade du collège Lucie Aubrac s’embrase de couleurs, preuve éclatante que ce type de projet fonctionne et s’entretient sans contrainte particulière.

Au-delà de l’esthétique, un mur végétalisé devient un refuge pour les oiseaux, offrant des cachettes et des niches idéales pour la nidification.
Nous souhaitons que cette proposition trouve sa place dans la prochaine consultation pour « 200 places locales à planter » et le « budget participatif ».
Quelques points concrets sur les plantes grimpantes et la végétalisation des murs
La température en cœur de ville dépasse celle des périphéries ou de la campagne. Les surfaces minérales comme le béton et l’asphalte absorbent la chaleur, la restituent en rayonnements infrarouges et aggravent le réchauffement de l’air urbain. Ce phénomène, bien connu sous le nom d’îlot de chaleur, alourdit l’atmosphère des quartiers denses. Pour y remédier, l’une des solutions les plus efficaces reste d’habiller ces surfaces de végétaux. Les plantes grimpantes, en particulier, offrent un triple avantage : elles participent à filtrer l’air, à réfléchir les rayons du soleil et à rafraîchir l’ambiance. L’effet est concret : un massif agrandi et garni de vivaces ou d’arbustes, des arbres sur un trottoir, une façade couverte de végétation, chaque mètre carré végétalisé compte.
Autre option, plus coûteuse : la végétalisation des toitures. Pourtant, les murs, souvent négligés, sont aussi de formidables supports pour lutter contre la chaleur. Les plantes grimpantes transforment un mur brûlant en écran frais, améliorant même le confort à l’intérieur des bâtiments. Résultat : moins de climatisation, donc moins d’énergie consommée. C’est un cercle vertueux, où la biodiversité gagne aussi du terrain. Insectes et oiseaux s’installent, les façades s’adoucissent, et l’aspect ordinaire d’un immeuble s’en trouve bouleversé.
Mythes et réalités
Les préjugés ont la vie dure : certains accusent encore les plantes grimpantes de détériorer les murs. En réalité, à moins d’un support déjà délabré, ces végétaux n’abîment pas le bâti. Il est vrai que quelques espèces, comme les parthénocisses, laissent parfois des traces sur les enduits, mais il n’a jamais été démontré qu’elles provoquaient la ruine de la maçonnerie ou du bois sain.
Mécanismes d’attache
D’une espèce à l’autre, les stratégies d’escalade varient. Quelques plantes, telles que les célastres, les clématites ou les vignes, présentent des tiges volubiles qui s’enroulent naturellement autour de branches ou de supports. Pour grimper sur un mur, elles demandent l’aide d’un filet, d’un câble ou d’un treillis. D’autres, comme le parthenocisse et l’hortensia grimpant, s’accrochent directement aux surfaces poreuses (brique, béton, bois) grâce à leurs vrilles adhésives. Sur métal ou plastique lisse, leur progression reste limitée.
Un patrimoine végétal à valoriser
Adopter des plantes grimpantes indigènes constitue un choix judicieux pour verdir les façades. Adaptées à nos hivers, elles s’avèrent moins exigeantes que les variétés horticoles et favorisent la diversité biologique. Habituées depuis des millénaires à cohabiter avec la faune locale, elles offrent refuge et nourriture à de nombreux animaux.
La star incontestée pour la végétalisation urbaine reste le parthenocisse (Parthenocissus quinquefolia), surnommé vigne vierge. Cette espèce robuste, à croissance rapide, s’épanouit aussi bien à l’ombre qu’en plein soleil. Elle peut être guidée sur des clôtures, des pergolas, des treillis ou même des troncs. À la fin de l’été, la vigne vierge se pare de petites baies bleues très appréciées des oiseaux migrateurs, qui y trouvent l’énergie nécessaire pour poursuivre leur voyage. Petite alerte toutefois : ces fruits ne sont pas destinés à l’alimentation humaine. Quand vient l’automne, le feuillage offre un dernier éclat, passant du rouge vif à des teintes bourgogne flamboyantes.
Voici d’autres exemples de plantes grimpantes indigènes qui méritent leur place en ville :
- Le célastre grimpant (Celastrus scandens)
- La vigne des rivières (Vitis riparia)
- La clématite de Virginie (Clematis virginiana)
Facilité d’entretien
Les plantes grimpantes demandent peu de soins au jardinier urbain. Les espèces vigoureuses, comme les jeunes vignes, peuvent nécessiter une taille en cours et en fin de saison pour éviter une croissance excessive. Certaines, à l’image du chèvrefeuille, sont sensibles à l’oïdium, des taches blanches poudreuses, et apprécient les emplacements bien ventilés.
Côté fertilisation, inutile de forcer la main. Un apport de compost mûr à l’automne, incorporé au pied, suffit à garantir un feuillage dense et sain.
Lors de la plantation, il est préférable de garder une distance d’environ 30 cm entre la base de la plante et le mur, pour faciliter le développement des racines et limiter le dessèchement dû à la proximité des fondations. On recommande aussi de guider la plante vers son support à l’aide d’un tuteur temporaire, pour éviter qu’elle ne rampe inutilement sur le sol. Un paillis de feuilles mortes maintient la fraîcheur et protège les racines du gel.
Pour faciliter le choix, voici une synthèse des principales espèces adaptées à la végétalisation des murs exposés au soleil :
- Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) : zone de rusticité 3, crampons et vrilles, exposition soleil ou ombre partielle, feuillage flamboyant à l’automne, fruits appréciés des oiseaux, non comestibles pour l’homme, croissance rapide et robuste.
- Parthenocissus tricuspidata (vigne de Boston) : zone 5, crampons et vrilles, soleil ou ombre partielle, couleurs d’automne vives, croissance rapide, idéale pour les murs exposés sud.
- Vitis riparia (vigne des rivières) : zone 2, tiges volubiles, soleil ou ombre partielle, fruits comestibles, croissance rapide, feuillage caduc, nourrit oiseaux et petits animaux.
La vigne de Boston, aussi appelée vigne vierge japonaise, se distingue par sa longévité et sa capacité à grimper jusqu’à dix mètres de haut, en s’agrippant aux surfaces grâce à de discrètes ventouses. Elle apprécie le soleil, produit de petites fleurs jaunes et, à l’automne, ses feuilles prennent une teinte rouge éclatante. Les grappes de baies bleues qui ornent la plante attirent de nombreux oiseaux venus se régaler à la belle saison.
La vigne vierge, quant à elle, développe des vrilles puissantes. Cette plante sauvage s’adapte aussi bien au plein soleil qu’à la mi-ombre, prospère dans un sol frais et grimpe aisément sur pergolas, clôtures ou façades. Ses feuilles à cinq lobes rougissent intensément en automne, tandis que ses baies noir bleuté servent de festin aux oiseaux. Avec une croissance rapide, elle peut couvrir jusqu’à quinze mètres de hauteur, offrant un spectacle végétal sans égal dans nos paysages urbains.
Quand un mur nu se couvre de feuilles, ce n’est plus seulement une façade qu’on aperçoit : c’est tout un quartier qui respire un peu mieux, un peu plus vert, un peu plus vivant. La prochaine saison pourrait bien voir l’histoire et la nature s’emmêler dans la lumière du Faubourg Saint-Denis.

