Interdiction de la bouillie bordelaise : le guide pratique pour s’adapter

Depuis le 15 janvier 2026, l’ANSES a drastiquement restreint l’usage des produits à base de cuivre en France. Pour les jardiniers amateurs comme pour les viticulteurs bio, l’interdiction progressive de la bouillie bordelaise change la donne. Le règlement européen n°2025/1489 a prorogé l’approbation du cuivre jusqu’au 31 décembre 2029, mais les quantités maximales autorisées par hectare et par an sont passées de 6 à 4 kilogrammes. Concrètement, il faut repenser ses traitements dès maintenant.

Ce que les nouvelles restrictions changent au jardin et à la vigne

Vous utilisez la bouillie bordelaise chaque printemps sur vos tomates ou vos fruitiers ? La réduction à 4 kg de cuivre par hectare et par an oblige à compter chaque application. Sur une petite parcelle potagère, cela peut sembler abstrait. Traduit en pratique, cela signifie moins de passages au pulvérisateur par saison.

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Le cuivre agit comme fongicide et bactéricide de contact, en prévention uniquement. Il ne soigne pas une plante déjà atteinte par le mildiou. Chaque gramme pulvérisé doit donc servir au bon moment, juste avant un épisode pluvieux, quand le risque de contamination est réel.

L’autre contrainte est réglementaire : l’ANSES réévalue les autorisations produit par produit. Le dossier d’évaluation du produit « Bouillie Bordelaise NC 20 K » a été conclu le 24 juin 2022. Ces réévaluations peuvent aboutir à des retraits ou à des restrictions supplémentaires, culture par culture.

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Agronome comparant des alternatives biologiques à la bouillie bordelaise dans une coopérative agricole

Accumulation du cuivre dans le sol : pourquoi réduire ne suffit pas

Le vrai problème du cuivre, ce n’est pas la toxicité immédiate pour vos plants. C’est ce qui reste dans le sol après des années de traitement. Le cuivre ne se dégrade pas dans le sol : il s’accumule, couche après couche, à chaque application.

Au-delà d’un certain seuil, cette accumulation perturbe les organismes qui font vivre la terre. Les vers de terre, les collemboles, les champignons mycorhiziens (ces champignons microscopiques qui aident les racines à absorber les nutriments) sont les premiers touchés.

Dans les vieux vignobles traités au cuivre depuis des décennies, les analyses de sol révèlent des concentrations très élevées. Le cuivre migre aussi vers les fossés et les cours d’eau par ruissellement. Réduire les doses annuelles freine l’accumulation, mais ne résout pas le stock déjà présent. C’est la raison de fond pour laquelle les autorités européennes durcissent les règles, au-delà de la simple précaution sanitaire.

Alternatives au cuivre pour protéger tomates, vigne et fruitiers

La question revient chaque saison : par quoi remplacer la bouillie bordelaise contre le mildiou ? Aucune solution unique n’offre aujourd’hui la même efficacité à elle seule. La stratégie consiste à combiner plusieurs leviers.

Méthodes préventives au potager

Avant de chercher un produit de remplacement, les gestes culturaux limitent déjà la pression du mildiou sur les tomates et les pommes de terre :

  • Espacer les plants pour favoriser la circulation de l’air et accélérer le séchage des feuilles après la pluie, ce qui réduit les conditions favorables au champignon
  • Pailler le sol pour éviter les éclaboussures de terre contaminée sur le feuillage lors des averses
  • Supprimer rapidement les feuilles atteintes et ne jamais les composter, pour limiter la propagation des spores
  • Choisir des variétés résistantes ou tolérantes au mildiou, disponibles chez la plupart des semenciers

Combiner espacement, paillage et variétés tolérantes réduit fortement le besoin de traitement. Ces pratiques ne coûtent rien et s’appliquent dès la plantation.

Produits alternatifs utilisables en bio

Plusieurs préparations sont testées ou déjà utilisées par des vignerons et maraîchers bio :

  • Le bicarbonate de soude (ou de potassium), pulvérisé en solution diluée, crée un milieu défavorable aux champignons sur les feuilles
  • Les tisanes et décoctions de plantes (prêle, ortie) renforcent la résistance naturelle des végétaux, même si leur efficacité curative reste limitée
  • Les produits à base de soufre, déjà autorisés en agriculture biologique, complètent la protection contre d’autres maladies fongiques comme l’oïdium

Aucun de ces produits ne remplace le cuivre à efficacité égale contre le mildiou en conditions de forte pression. L’objectif réaliste est de réduire le recours au cuivre, pas de l’éliminer du jour au lendemain.

Jardin potager biologique avec outils de traitement alternatif suite à l'interdiction de la bouillie bordelaise

Adapter son calendrier de traitement au nouveau cadre réglementaire

Avec un plafond annuel réduit, chaque application de cuivre compte. Le réflexe du traitement « de précaution » tous les quinze jours n’est plus tenable. Il faut cibler les fenêtres de risque réel.

Le mildiou se développe quand trois conditions sont réunies : humidité prolongée sur les feuilles, températures douces (entre 15 et 25 °C environ), et présence de spores. Traiter juste avant un épisode pluvieux annoncé reste le geste le plus efficace. Un traitement appliqué par temps sec et stable, sans pluie prévue, gaspille du cuivre pour un bénéfice quasi nul.

Pour la vigne, les stades critiques se situent entre le débourrement et la véraison. Au potager, la période de risque pour les tomates commence quand le feuillage devient dense et que les pluies de fin de printemps s’installent.

Tenir un carnet de traitement avec les dates, les doses et les conditions météo aide à optimiser le budget cuivre sur la saison. Certains viticulteurs bio travaillent déjà avec des outils d’aide à la décision qui croisent données météo et stades phénologiques pour déclencher les traitements au moment précis où ils sont utiles.

Bouillie bordelaise et agriculture biologique : un paradoxe durable

Le cuivre reste aujourd’hui le seul fongicide de contact autorisé en bio contre le mildiou de la vigne. Réduire son usage sans alternative validée met en difficulté toute la filière viticole biologique. La question sénatoriale posée début 2026 par Pierre-Alain Roiron (Indre-et-Loire) résume bien la tension : les restrictions interviennent « sans qu’aucune alternative réellement efficace et respectueuse de l’environnement n’ait été trouvée à ce jour ».

Le cuivre protège les vignes aujourd’hui mais empoisonne les sols pour demain. Ce dilemme ne sera pas résolu par la seule réglementation. La recherche agronomique travaille sur des pistes (biocontrôle, stimulateurs de défense naturelle des plantes, sélection variétale), mais aucune n’est prête à prendre le relais à grande échelle.

Pour les jardiniers amateurs, la transition est plus simple : les surfaces sont petites, les variétés résistantes accessibles, et les méthodes préventives suffisent dans la plupart des cas. Pour les professionnels, le compte à rebours court jusqu’en 2029, date à laquelle l’approbation européenne du cuivre sera de nouveau réexaminée. D’ici là, chaque gramme de cuivre économisé aujourd’hui est un gramme de marge pour les saisons difficiles.

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